Affaire Stéphane Gatteau : Faustine Broulin, l’avocate du suspect, rompt le silence

Publié le 01/07/2013

Par SAMUEL COGEZ - La Voix du Nord


Le 23 mai, la chambre de l’instruction décidait de remettre en liberté M. M., soupçonné d’avoir frappé et provoqué la mort de Stéphane Gatteau suite à une rixe le 11 novembre 2012. Une décision qui choquait la mère de la victime, anéantie depuis le décès de son fils, ainsi que de nombreux Arrageois, six mois à peine après le drame. Depuis que l’affaire a éclaté, on n’avait pas encore entendu la défense. Faustine Broulin, l’avocate du meurtrier présumé, rompt le silence. Elle raconte les détails de cette remise en liberté et livre la version de son client.                

 


 

Dans quel d'état d'esprit se trouve M. M. ?

 

« Ce qui le gêne, nous gêne, c’est qu’on n’a pas encore donné la parole à la défense. Sa famille aussi. Ils sont affectés, ce n’est pas une famille de délinquants notoires. C’est quelqu’un qui, à chaque acte d’instruction, est en pleurs. Il a des moments de dépression. Il arrive à se calmer lentement mais il est abattu. Il n’a pas voulu ça. Ce qui l’ennuie aussi beaucoup, c’est l’amalgame avec la profession de la victime (Stéphane Gatteau était policier, NDLR), qui aurait tout aussi bien pu être menuisier, ouvrier, avocat... »

Comment expliquer une remise en liberté si rapide ?

 

« Au début, mon client avait un avocat commis d’office, je suis intervenue en décembre comme avocate choisie. Il faut savoir que l’instruction a été très rapide, je n’avais jamais vu ça en matière criminelle. On a eu des interrogatoires, des confrontations la même semaine, puis la reconstitution la semaine suivante. Cela a débloqué beaucoup de choses. J’ai lancé une première demande de libération. Nous avions une promesse d’embauche, un lieu de résidence éloigné des faits, avec attestations.

On a eu une réponse négative dans un premier temps. Mais ensuite, le juge a vite compris qu’il ne fallait pas faire d’amalgame avec la profession de la victime. Finalement, le juge des libertés et de la détention m’a suivie. Le parquet a fait appel avec un référé détention. Il est resté en détention. Le 23 mai, la chambre de l’instruction m’a suivie. Depuis, M. M. a un diplôme de cariste, avec six ans d’expérience. Il est en intérim pour plusieurs mois, il répare les voies ferrées du côté de Castres. C’est quelqu’un de courageux, qui ne rechigne pas, il a toujours travaillé.. »

 


Comprenez-vous que cela ait pu choquer ?

 

« Je comprends que ça soit choquant pour la famille de la victime. Mais juridiquement, la détention ne fonctionnait pas. On avait toutes les garanties de représentation. Il y a des critères précis. La détention doit rester l’exception. Ce n’est pas trop court au regard de la rapidité de l’instruction.
Mais la peine prononcée en cour d’assises ne changera pas pour autant... »


 

Comment expliquer les circonstances du drame, du point de vue de votre client ?


« Ce n’était pas délibéré. Il se souvient de tout à la minute près. Il s’est senti poursuivi. Évidemment, mon client n’est pas tout blanc. Il entend quelqu’un crier, l’apostropher. Il s’est senti agressé. Il ne savait pas si cette personne faisait partie du groupe qui le poursuivait. Il n’y a pas d’échange vocal, selon lui. Cela a engendré une peur plus grande. Il pensait même que cette personne allait sortir un couteau. Du coup, il a frappé avant.
Il n’arrive pas à expliquer cela autrement que par la peur. »

 

 

Pourtant, il le roue de coups...


« C’est le point noir. Il ne se l’explique pas. Le premier coup, d’accord, après il ne sait pas. C’est un travail qu’il va falloir faire. »